Bis ____________________1999
 
Les murs des soirées étudiantes de Glasgow sont couverts d'affiches de la pochette du nouvel album de Bis "Social Dancing". Pendant ce temps, quelques privilégiés ont pu un mardi soir croiser au Pop In le duo masculin du groupe faisant office de DJ's d'un soir à l'invitation de l'équipe d'un magazine parisien. John Disco et Sci-Fi Steven ont pu ainsi faire un break dans une tournée européenne de deux semaines qui les conduisait ensuite en Suède, l'autre pays de la pop.
 
eurodisco
Le premier single de "Social Dancing", "Eurosdisco" est presque la chanson pop-dance parfaite. Alors tout simplement, comment avez vous fait ?

Et bien, nous nous sommes dits : "écrivons la chanson parfaite !" . En fait, je ne sais pas... nous avions ce rythme que nous voulions utiliser, mais nous ne pensions pas vraiment à ce à quoi le morceau allait ressembler à la fin, ni que ce serait un single. Il y avait ce son entraînant qui durant le processus d'enregistrement est devenu ce morceau. Ce style de musique est proche de notre point de référence, de là d'où nous venons. C'est un peu la période "Blue Monday" de New Order, qui était assez exitante, que nous avons pris comme inspiration mais plutôt que de la piller nous avons tenté d'en reprendre l'esprit et de le mettre au gout du jour.

"Social Dancing" a un son un peu plus "mature". Est-ce pour vous un progrès ou une évolution ?

C'est certainement une évolution. Nous n'avons pas consciemment décidés que cet album sonnerait plus mature. C'est seulement la manière dont nous avons évolués comme musiciens et comme auteurs. Ce n'est pas seulement devenir plus âgés, mais c'est aussi devenir un peu plus une personne, avec plus d'expérience. Nous sommes plus matures à propos de notre travail, notre musique

Le charme de Bis, c'est sa fraîcheur, son dynamisme adolescent. N'avez vous pas peur à terme, même si on en est très loin, de devenir un jour sérieux ou ennuyeux ?


Ni sérieux ni ennuyeux non plus. Ce n'est pas pour cela que Bis existe.
C'est le genre de choses que nous pourrions faire de notre côté comme projets parallèles. Mais Bis, c'est de la pop music, c'est fun. Il y aujourd'hui autour de nous bien trop de musique sérieuse, introvertie. C'est peut-être un peu égoïste de parler ainsi toujours de soi-même... Les gens se sont attachés à nous car nous étions des teenagers qui jouaient de la pop. Mais aucun d'entre nous n'est plus un teenager, nous venons tous de dépasser les vingt ans. Nous ne pouvons plus parler de Teen Power. J'espère que nous avons inspiré des teenagers afin qu'ils reprennent notre message et l'utilise positivement comme nous l'avons fait. Mais évidemment il serait malhonnête de prétendre être encore adolescent. Nous grandissons comme chacun.
De Glasgow au Japon
Glasgow, votre ville, abrite à la fois une scène pop indépendante, underground, dynamique, et l'une des meilleures scènes house d'Europe. Comment vous situez vous par rapport à elles ?

Le principal à propos des différentes scènes de Glasgow, est qu'il n'y a pas de compétitions entre elles. Elles se soutiennent. Nous nous sentons proches de groupes indépendants qui n'ont pas nécessairement le même son que nous mais qui partagent la même mentalité. Nous respectons aussi ceux qui sont dans la dance. Chacun respecte les autres. Le dénominateur commun est que nous sommes tous fiers de nos racines glaswegiennes. Du fait de nos racines glaswegiennes, nous avons tous un état d'esprit indépendant, ce qui est positif pour la scène dans son ensemble. Tous les groupes de Glasgow font probablement plus pour l'industrie touristique que toutes les galeries et les musées.

Avez-vous des relations avec certains de ces groupes ?

Pas sexuellement, non...
Nous nous connaissons tous, nous pouvons nous parler, nous nous voyons souvent. Glasgow est assez petite et nous partageons certaines activités, allons dans certains pubs et cafés. C'est une atmosphère naturellement amicale. Que vous aimiez la musique d'une personne et de son groupe importe peu si c'est quelqu'un de bien.

Comment voyez-vous votre avenir. Pensez-vous jouer dans des stades à cinquante ans ?

euh... non !
Nous préfèrerions devenir des pop-stars tôt plutôt que tard. Si nous jouons dans des stades à nos âges, c'est bien. Mais si nous sommes vieux et que nous continuons à faire de la musique, ce serait plus underground, comme les gens de Wire qui font une sorte de techno minimaliste. On peut rester dans la musique mais ne plus vouloir être des stars. Il ne faut pas être trop vieux pour avoir un style de vie rock'n'roll... avec la pression des tournées, de la promotion. Nous serons peut-être les Rolling-Stones, mais je ne crois pas.

Des montres "Bis" sont sorties au Japon : avez vous d'autres plans de merchandising : des figurines, des jeux vidéo... ?

Je crois que c'est possible. Nous sommes toujours prêts à essayer quelque chose de nouveau. Nous avons fait une montre au Japon, le thème d'un dessin-animé en Amérique... Nous essayons de faire des choses intéressantes : nous ne nous limitons pas à ce que font les groupes : sortir des disques, faire des concerts... Mais c'est toujours quelque chose qui vous éloigne de la musique. Si vous faites trop de merchandising vous devenez plus un logo qu'un groupe et je ne crois pas que ce soit une bonne chose.

De quoi rêveriez-vous dans ce domaine ?

je serais assez peu intéressé pour figurer dans un jeu vidéo. Je crois que je veux avant tout faire de la musique. Je préférerais plutôt sortir de nombreux disques sous des noms différents que de figurer dans un tel jeu.
Mais certaines choses sont difficiles à refuser, comme ce morceau pour le générique d'un dessin-animé. Nous nous sommes dits d'abord "comment cela va-t-il être perçu ?", puis "fuck it, faisons le !". Il s'agit de "The Powerpuff Girls" de Hanna-Barbera, avec une longue tradition dans le dessin-animé, c'est un auteur de grand talent. Je ne pense pas que ce soit encore diffusé ici mais ce sera probablement le cas car la série a un grand succès en Amérique. Cela nous aide autant que cela aide les producteurs.


Vous avez dit ne pas vouloir figurer dans un jeu. Jouez-vous vous-même ?

Oui, mais le jeu des Spice Girls était nul. Nous ne voudrions pas être les personnages d'un jeu, peut-être pour rire mais pas comme une opération commerciale. A chaque fois qu'un groupe fait ce genre de chose, c'est vraiment très mauvais. Il y avait un jeu Paul Mac Cartney sur ZX Spectrum,
qui n'a pas contribué à renforcer sa crédibilité... Mais si nous faisons ce genre de chose ce serait sur un CD ROM à la fin d'un un album : nous avons fait un "enhanced CD" au Japon avec des animations et des vidéos.

Mais est-ce que être des pop-stars ce n'est pas jouer des personnages ?


Ce que nous faisons est assez naturel. Les pochettes représentant des dessins sont plus pour donner une image d'ensemble du disque. Mais nous avons changés musicalement, nous ne sommes plus des teenagers. Nous ne sommes pas un groupe de cartoon. nous utilisons parfois les pochettes pour plaire à un certain public - essentiellement au Japon, mais ceci nous a limité également : les gens ont une idée préconçue de ce que nous sommes. Peut-être, la pop, c'est d'une certaine manière jouer des personnages, mais nous sommes aussi ces personnes. Il n'y a pas beaucoup de différence entre notre personnalité sur scène et hors de la scène.

Est-ce que la chanson "Shopaholic" est autobiographique alors ?

Ce sont les paroles d'Amanda... Ce peut être une observation du consumérisme mais ce peut être aussi pris comme admettre que passer sa vie à faire du shopping est peut-être probablement un mode de vie très agréable quant on y pense. Si vous avez de l'argent, faire les magasins, c'est un moyen d'aimer la vie, de ne pas se faire de soucis. C'est un morceau très entraînant et des paroles de ce genre le rendent encore plus entraînant.

Que vous inspire votre succès japonais, dans un pays si lointain du votre ?

Nous sommes heureux que ce soit là bas que nous avons ce type de succès.
Que ce soit de la même ampleur dans le monde entier serait beaucoup trop pour nous, et pour notre vie privée... L'objectif de chaque groupe est sans douté d'être connu et apprécié. Mais c'est tellement intensif que nous ne pouvons rester là bas plus d'une ou deux semaines. C'est bien d'y aller mais c'est trop rapide, c'est un endroit dingue ! Nous nous sentons assez européens alors, avec un rythme de vie plus lent.

Vous vous sentez européens ?


Je ne sais pas. Je n'y ai pas vraiment songé jusqu'ici... Je crois que nous nous considérons comme Ecossais. Mais je voie de plus en plus de l'Europe et cela ne m'effraie pas.

Vous comptez jouer en France prochainement ?


Une tournée est prévue pour Avril-Mai en Europe mais nous ne savons pas quand nous serons à Paris. Mais nous jouerons certainement ici : nous voulons vraiment travailler très dur pour ce disque et faire en sorte qu'un maximum de personnes ait la possibilité de l'écouter.
Interview par VXL.
. Après un dernier album, le groupe Bis vient malheuresement de se séparer. Manda-Rin, John Disco et Sci-Fi Steven vont chacun se lancer dans des projets solos.
www.bisnation.co.uk